Pascal Vuylsteker
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La
Transhumance

La transhumance

de Sommant en Morvan au Vaucluse

Octobre / Novembre 1997

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Du Morvan au Vaucluse, 54 chevaux en transhumance hivernale

par Célia Larcher

A la fin du mois de juillet, l'idée était déjà dans l'air...

Au début du mois de septembre les cavaliers du centre équestre A Hue et A Dia ont reçu une lettre provenant de Sommant en Morvan, signée par Jean de Chatillon, commençant par : "ça y est, la machine est lancée, A Hue et A Dia transhumera sur un parcours de 500 kilomètres plein sud, un troupeau de 54 équidés, vers de doux pâturages dès cet automne (...) l'expérience est unique, elle sera inoubliable..."

Jour J- quelques semaines

La préparation a commencé bien avant le départ et a consisté à trouver les sites d'accueil, repérer le tracé, choisir l'équipe des suiveurs et le traiteur !

Jour J- une semaine

Une dizaine de volontaires se sont retrouvés à Sommant 7 jours avant le départ.

Au programme : rassemblement de tous les chevaux, y compris d'une dizaine de pouliches de 18 mois qui venait de passer l'été au pré, pansage complet, parure des pieds et ferrure neuve, vaccination et sélection entre les chevaux en partance et les " convalescents " assignés à Sommant pour l'hiver.

Côté matériel : tri, réparation de l'ancien, répartition des nouveaux licols achetés pour l'occasion, réalisation à la main à partir de corde d'escalade, en un temps record, de 40 longes classées " consommable " dans une telle aventure.

Après l'épreuve de la ferrure, le plus gros du travail fut sans aucun doute l'initiation et le test en grandeur nature de jour comme de nuit !

Nous sommes partis de une à deux heures avec 3, puis 4 voire 5 chevaux chacun pour faire le tour du village ; ce qui me prenait l'été dernier, 10 mn avec un étalon du centre !

Durant ces périples, nous avons pu expérimenter différents "trucs et astuces" qui ont fait leurs preuves les semaines suivantes : poigne, dextérité et tactique de maniement de plusieurs longes, analyse des techniques d'évasion de certains chevaux...

Le chemin

Un " parcours non fléché " de 500 km s'étalait sur plus de 26 cartes I.G.N. au 1/25000ème entre Sommant en Morvan au sud du parc, et Bédarrides dans le Vaucluse, en passant par la Saône et Loire, la Loire, le Rhône, la Haute Loire, l'Ardèche, la Drôme et le Gard. Avec 17 journées de marche, de trot et parfois de galops épiques sur les 3 semaines, cela faisait des étapes moyennes de 35 km ; certains allant jusqu'à 45 km en raison d'un important dénivelé " oublié " dans le calcul des étapes.

Les critères du tracé : traverser le moins de villes possible - à défaut, les plus petites possibles - en évitant le bitume, MAIS en se limitant à des voies praticables par un véhicule tout terrain. Les rares passages où cette dernière condition n'a pas été respectée ont donné à cette première édition un caractère d'Aventure.

L'expédition, c'est avant tout les chevaux et ceux qui les ont accompagnés.

54 chevaux ferrés et referrés, abreuvés, nourris, soignés quotidiennement

54 chevaux de tous âges - de 18 mois à 19 ans, des hongres, des juments et des pouliches, pur-sang arabes, barbes, trotteurs, origines inconnues et selle français. La cavalerie ne serait pas complète sans les chevaux de traits, percherons, ardennais et breton, plus habitués à tirer des roulottes en ballade, qu'à être montés et longés au même titre que les chevaux de selle. On imagine difficilement un tel équipage, 2 devant et 2 derrière, se faufilant dans n'importe quel sentier à l'échelle d'un piéton... Et pourtant !

Des cavaliers de 8 ans à plus de 50 ans, nourris, logés, soignés et dorlotés avec deux douches chaudes disponibles matin et soir. Le midi, place aux casse-croûte et aux pommes gorgées de jus en cette saison cueillies à la dérobée sous un arbre.

Outre Jean de Châtillon et Alexandra Wintersteen, qui firent avancer avec vigueur ou diplomatie chevaux et cavaliers, assistés d'une équipe de trois personnes qui suivront l'ensemble de la transhumance en surveillant la bonne santé des chevaux, une douzaine de cavaliers se sont succédés à chaque week-end. Les suiveurs surnommés " les creveurs ", menacés par la pénurie d'essence due aux camionneurs grévistes (souvenez-vous), nous ont précédés chaque soir pour monter et démonter les tentes, installer les cordes d'attache et les paddocks, " caler " nos douches chaudes et les toilettes - protection de l'environnement oblige.

Sans oublier Mars, chien border-colley de son pedigree, mascotte et éclaireur des 500 km de la transhumance. Il en apprit autant que nous sur l'art et la manière de conduire et de rattraper un troupeau et en plus des intempéries connu de près le bitume, la boue, les pierres et pour son très mauvais souvenir les châtaigneraies !

L'une des journées les plus mémorables fût sans doute celle du 3 novembre. La veille, nous avions récupéré un Mérens un peu fou. Venant de passer 3 semaines au box sans sortie quotidienne, son énergie détonait avec le reste de la troupe, déjà calmée par une semaine de marche. Après une tentative de mise au pré avec les lourds, attaqués les uns après les autres, il passa la nuit à l'attache. La matinée nous révéla toute la difficulté supplémentaire que constituait ce cheval dans une aventure déjà particulière. Loin de s'intégrer au groupe, il profita d'un arrêt pour bousculer très rudement son cavalier meneur.

Nous atteignîmes en retard l'étape du midi, vers laquelle le gérant d'un club équestre, très accueillant, nous avait guidé à travers la bruyère. Exaspéré par la mauvaise volonté du Mérens, Jean mit celui-ci à la vente aux enchères pour une mise à prix de 500 F frais de transport compris. Un essaim de jeunes cavalières se cotisèrent pour l'acheter !

Un cadeau empoisonné ? Pas vraiment. Nous apprîmes les jours suivants que bichonné par leurs heureuses propriétaires, le " monstre " s'était transformé en gentille mascotte.

En fait, le club méritait ce " cadeau ", car outre l'accueil chaleureux et l'aide au parcours, notre guide local nous permit de traverser la ville voisine dans un bon trot tranquille, des cavaliers du club bloquant la circulation à chaque intersection. Cette traversée aurait pourtant pu être périlleuse sans son assistance prévue pour le passage d'un pont au dessus d'une voie ferrée.

L'après-midi, beaucoup plus détendue, nous gravîmes le crêt Chaboud puis le Châtelard en rejoignant le GR7 et une altitude moyenne de 800m pour atteindre notre étape du soir. Comme chaque soir, après avoir pris soin des chevaux, nous avons reprit des forces et de l'enthousiasme grâce au festin de notre traiteur. Il faut bien dire que sans ce réconfort journalier, le moral de la troupe aurait difficilement été maintenu comme il l'a été.

D'autres épisodes mémorables ont pimenté ce voyage

Malgré un soleil exemplaire en novembre, il fallut affronter - et ce n'est pas un moindre mot - des vents violents et une pluie battante lors du passage du col du Pilat ; Des intempéries qu'endurèrent chevaux et cavaliers pendant deux jours et deux nuits et qui causèrent la fin de notre tente militaire, enlevée par ces vents - Notons qu'elle hébergeait plus d'une vingtaine de dormeurs et autres ronfleurs ! Et comme chacun sait " A tente envolée, gîte en dur trouvé" !

Les dimensions de certains sentiers, nous ont parfois fait vivre la transhumance sous un angle plus " pédestre ".

Questions : Comment faire passer ensemble sur 50 m cinq chevaux dont quatre traits en longe et un sous la selle, dans un sentier très rocailleux qui monte à 20 % et qui n'est pas plus large qu'un trait ? Quelle stratégie établir pour faire passer dans un sous bois sans chemin cette même troupe en prenant bien garde qu'aucun cheval ne contourne un tronc d'arbre pour le "plaisir" d'y enrouler sa longe ? Ou encore, comment faire faire un demi-tour, toujours à cette même équipe, en pleine forêt, sans autre assistance que sa motivation ? Ce fut une journée harassante.

C'est aussi l'image " cartoonesque " d'une cavalière pliée en deux sur une longe tendue par deux chevaux de trait tandis que sa propre monture poursuivait tranquillement son chemin.

Profil d'une journée " standard "

Réveil à l'aube vers 6 heures du matin avec plusieurs sons de cloches suivant leur disponibilité : le musical " Bonjour, il est l'heure de se lever, Fred est en train de faire chauffer le café... " d'Alex ou le vigoureux " DEBOUT LA DEDANS, DANS 5 MN LES CHEVAUX DOIVENT AVOIR MANGÉ " de Jean. Devinez qui était le mieux accueilli...

Quelques instants plus tard, la moitié des cavaliers partait nourrir les chevaux tandis que l'autre prenait un copieux petit déjeuner. Une heure s'écoule, les rôles s'inversaient pour aller seller les chevaux et rassembler les équipages de 3 à 5 chevaux. Après les dernières vérifications, la caravane se formait et le départ était lancé.

Nous marchions la plupart du temps au pas, mais avec la pratique, les cavaliers ont rapidement su trotter avec leurs chevaux en longe, et nous avons eu l'ivresse de galoper " à la Turkmène ".

Lorsque les cavaliers étaient plus nombreux, les chevaux étaient lâché. A nombre de cavalier plus réduit, il fallut les maintenir attachés afin de pouvoir les contrôler et anticiper les passages critiques.

La pause du midi était très rapide voire inexistante ; tout arrêt étant néfaste à la canalisation de la caravane, il fallait avancer jusqu'à l'étape du soir.

L'étape achevée, la journée n'en était pas pour autant finie : Il fallait abreuver, attacher, nourrir et méticuleusement examiner tous les chevaux pour les soigner ou les ferrer.

Enfin, convions nous autour de la table. Là, les langues se déliaient, le vin coulait, nous faisions ripaille des mets que nous apportaient nos traiteurs, et parfois, la guitare donnait de la voix la veille des jours de repos, quand l'équipe n'avait pas décidé de faire une partie de horse-ball ! Pour les chanceux de l'arrivée, la cerise sur le gâteau fût une randonnée d'une journée, sans autre cheval que le sien : ascension et descente du Mont Ventoux.

 

Cheval, équitation à gogo, vie de cow-boy, repas traiteur, soirées infernales, nuitées sous tentes chauffées équipées en lits superposés, courbatures, soleil, pluie, brouillard dans le Parc du Pilat, paysages grandioses, ... tout a été compris !

L'aventure est inoubliable. A la prochaine édition ?.

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